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Un Chevalier de Saint-Lazare nommé Grand-Hospitalier de Bretagne

Sa vie entièrement dédiée à la charité

Portrait du comte de la Garaye

(Musée de Dinan)

Vitrail représentant le comte

et la comtesse Marot de la Garaye

(Eglise de Taden)

Le père de notre héros, Guillaume MAROT, Comte de la Garaye, Conseiller au Parlement de Bretagne, qui épouse par contrat à Rennes, le 25 juillet 1673 Jeanne de MARBOEUF, reçu en avancement d’hoirie de sa mère une somme de 200 000 livres, la propriété des terres et seigneuries de la Garaye, Beaufort en Dinan, la maison de ville de Dinan et bien d’autres objets y compris tous les meubles étant à la Garaye et à Dinan, demandant seulement en échange une rente de 3000 livres. Guillaume MAROT était comblé. Malheureusement son bonheur devait être court. Jeanne-Françoise de MARBOEUF, née à Rennes le 24 juin 1658, y mourut le 8 avril 1680, après la naissance d’un cinquième enfant. Guillaume MAROT devenu gouverneur de Dinan depuis l’an 1676, mourut à son tour le 23 janvier 1693.


C’est le deuxième enfant du couple qui va maintenant nous intéresser, Claude-Toussaint né à Rennes le 30 octobre 1675. Son père, soucieux de lui donner une bonne éducation, l’envoya au collège d’Harcourt à Paris, établissement fort estimé fondé en 1280 par Robert d’Harcourt. Sa clientèle était surtout composée de jeunes nobles. Ses études terminées, Claude-Toussaint reçut une formation militaire, puis entra avec son frère aîné dans le corps des Mousquetaires. Il s’y montra brillant cavalier, passionné d’exercices physiques, adorant la chasse et attirant ainsi l’attention du roi Louis XIV, au cours des chasses royales. A la guerre, il se distingua au siège de Namur en 1692, à l’âge de 17 ans.


Devenu Chef de sa maison à 24 ans par suite de la mort de son père, de son frère aîné et du fils de celui-ci, il quitta les armes et revint en Bretagne où il épousa Marie-Marguerite de LA MOTTE-PICQUET. La cérémonie religieuse eut lieu le 7 février 1701 à Montreuil-le-Gast. Le contrat établi deux jours auparavant chez Maître Bertelot, Notaire à Rennes porte :

« pour parvenir au mariage futur et espéré entre messire Claude-Toussaint Marot, Chevalier seigneur comte de la Garaie, Tadain, Beaufort en Dinan, les Loges, Fleuré, Lasse-Jambe, Baron de Blaizon, Vicomte de Chemeliers et autres lieux, fils aisné héritier principal et noble de deffunts messire Guillaume Marot vivant aussy chevalier seigneur comte de la Garaie, conseiller au parlement de Bretagne et gouverneur pour le roy des ville et château de Dinan, et de dame Jeanne-Françoise de Marbeuf ses père et mère, et damoiselle Marie-Marguerite Picquet, fille aisnée d’escuier Jan Picquet, sieur de la Motte, conseiller secrétaire du Roy, maison et couronne de France et greffier en chef du Parlement de Bretagne et de dame Marie-Joseph Le Clavier ses père et mère, ce jour cinquiesme du mois de février mil sept cent un avant midy devant les notaires royaux à Rennes soussignez furent présens ledit seigneur comte de la Garaie, Baron de Blaizon demeurant à son château de la Garaie paroisse de Tadain évesché de Saint-Malo d’une part. Lesdits sieur et dame de Lamotte-Picquet, ladite dame dudit sieur son époux bien et deuement authorizée et ladite damoiselle Marie-Marguerite Picquet leur fille authorisée dudit sieur et dame ses père et mère demeurant dans l’enclos du Palais paroisse Saint-Germain d’autre part... »


Mademoiselle de La Potte-Picquet recevait une dot de 150 000 livres sans compter ses bagues et joyaux estimés 4000 livres. Elle avait 19 ans (étant née à Vannes, sur la paroisse Sainte-Croix, le 24 décembre 1681) et Claude-Toussaint 25. Sur les conseils de son beau-père il acheta une charge de Conseiller au Parlement de Bretagne, charge qu’il devait laisser en 1712 alors que sa vie avait pris une direction nouvelle. Les jeunes époux habitèrent la Garaye qui était un séjour délicieux. On chassait aussi beaucoup dans les étendues giboyeuses environnantes où loups et sangliers étaient nombreux. Quand plus tard, le comte eut consacré sa vie à ceux qui souffrent, ayant apporté des soulagements aux prisonniers de guerre détenus à Dinan (ces prisonniers de la guerre de succession d’Espagne étaient en proie à une épidémie. M. de la Garaye leur donna du linge et les fit soigner par un médecin irlandais, établi à Dinan qui parlait leur langue. Il dota ce médecin de 70 livres de rente.), il reçut d’une famille anglaise reconnaissante, au courant de son goût pour la chasse, six magnifiques chiens auxquels étaient joints deux autres donnés par la Reine ANNE. Les deux bêtes prélevées sur la meute royale portaient des colliers d’argent, timbrés aux armes de la Souveraine.

Ce fut au cours d’une chasse que Madame de la Garaye fit une chute de cheval qui eut une grande influence sur sa santé et sur les sentiments du couple. Un autre événement, la mort soudaine et prématurée, le 2 février 1710 de Joseph Du Breil de Pontbriand, (son beau-frère, ayant épousé Marie-Angélique-Silvie Marot, la sœur cadette de notre héros), fut pour celui-ci un choc qui le conduit à réfléchir. Car ses entretiens avec le prieur de l’abbaye de Saint-Jacut, qui avait connu son défunt beau-frère, furent sans doute déterminants. Dès 1703, on note des actes de charité de M. de la Garaye. En 1706, on le voit s’intéresser à la chirurgie, à la chimie, sans doute alors en amateur, mais ce qu’il apprendra lui sera utile un jour. En 1710, la misère était grande en Bretagne comme dans tout le royaume, conséquence de l’affreux hiver de 1709. Bien des gens qui, naguère, distribuaient des aumônes, ne rougissaient pas d’en recevoir. Aux calamités naturelles, s’ajoutait une guerre interminable.


M. de la Garaye, en accord avec sa femme, vendit sa vaisselle d’argent, ses chevaux et ses chiens, résolu à vivre désormais dans la plus grande simplicité au service des pauvres. Et ceux-ci vinrent, nombreux, trouvant nourriture et vêtements chez les charitables châtelains. Ce n’était là qu’un commencement !


Dans les dépendances de leur château, un hôpital fut créé dans les écuries. Il compta d’abord 20 lits puis 40. On soignera, en même temps, jusqu’à 60 malades à la Garaye. L’apothicairerie et le laboratoire furent installés dans l’ancien chenil aménagé pour sa nouvelle attribution. L’hôpital ne prit cependant sa forme définitive qu’au retour d’un voyage du comte à Paris, en 1714, pour s’instruire. Il passa là cinq mois à se perfectionner et revint avec de solides notions dans les différentes disciplines nécessaires pour soigner les malades. Sa femme qui l’avait accompagné pour apprendre à panser les plaies, acquit des connaissances suffisantes pour traiter les maux d’yeux. L’hôpital de la Garaye était toujours plein. ceux qui ne pouvaient y être accueillis, faute de place, recevaient des médicaments gratuits chez les apothicaires de Dinan. En outre les pauvres, venus de tous côtés, ne s’en allaient jamais les mains vides, ni sans être rassasiés. L’hôpital de la Garaye acquit une grande renommée. Dix ou douze chirurgiens s’y formaient chaque année. Des malheureux vinrent y chercher guérison de tout le royaume et même des pays étrangers. Le comte et la comtesse pansaient des malades, ne reculant pas devant les plaies et les ulcères les plus répugnants.


Passionné de chimie, le comte de la Garaye inventa un médicament qui intéressa l’Académie des Sciences. Le Roi voulut en connaître l’auteur. M. de la Garaye fut reçu à la Cour en 1731. Le Souverain le complimenta et lui remit 50 000 livres. Il ajoutera son portrait et celui de la Reine. Cette gratification fut, bien entendu, employée à des œuvres de charité. C’est en 1730 qu’il publia son premier livre « Recueil alphabétique des prognostics dangereux et mortels sur les diverses maladies, à l’usage de MM. Les recteurs et autres », puis en 1746 sa plus grande découverte sous le titre « Chimie Hydraulique pour extraire les sels essentiels des végétaux, animaux et minéraux, avec l’eau pure ».

D’autres honneurs avaient précédé cette réception à la Cour. En 1722, M. de la Garaye avait reçu la croix de Saint-Lazare de Jérusalem, et en 1729, il était élevé à la dignité de Grand-Hospitalier de l’Ordre royal et militaire de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem, en la province de Bretagne.

L’hôpital de la Garaye prenait de l’ampleur, quatre chirurgiens y furent employés continuellement pour aider le fondateur. Nous verrons tout à l’heure les locaux affectés à cet hôpital, à l’apothicairerie et à la chapelle des malades. Mais la charité des nobles châtelains s’exerça en d’autres directions. Pour les malades incurables, abandonnés par la médecine, affligés de maux repoussants, rejetés par leur famille et leurs enfants, M. de la Garaye fonda en 1733 une annexe de l’hôpital de Dinan. Comptant d’abord onze lits, le nombre en monta à vingt-quatre, résultant d’une émulation dans la charité. Une personne dévouée, Mademoiselle Collin du Vaulembert, prit soin de ces malheureux à qui elle consacra une partie de sa fortune.

L’hôpital des incurables permit à des malades sans espoir de terminer leur vie à l’abri. Ce n’était pas tout.

Le 15 novembre 1729, l’acte suivant était passé sous seings privés à la Garaye : « Nous soussignants avons passé le présent acte tant pour nous que pour nos successeurs pour avoir ledit acte son effet force et teneur en entier tout comme s’il étoit fait par devant nottaires et du consentement d’une des parties et poura être passé par devant nottaires. Scavoir que moy Messire Claude-Toussaint Marot, chevalier seigneur comte de la Garaye, baron de Blaizon, vicomte de Chemeliers, de Beaufort en Dinan et de Taden, seigneur de la Cour d’Aval, Fleuré, Lasse-Jambe et autres lieux, Commandeur et grand hospitalier de l’ordre royal militaire et hospitalier de Notre-Dame de Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem, Bethléem et Nazareth, et dame Marie-Marguerite Picquet mon épouze, elle le requérant et de moy deument authorisée demeurants à notre château de la Garaye, paroisse de Taden évesché de Saint-Malo d’une part, et demoiselle Marie Allenou, demoiselle de Grand Champs supérieure des sœurs de la Charité de Plérin évesché de Saint-Brieuc faisant tant pour moy que pour mes dites sœurs d’autre part entre lesquels fut fait et passé le présent acte par lequel nous dits seigneur et dame de la Garaye suivant les intentions de Sa Majesté marqués par les édits et déclaration au sujet de l’instruction de la jeunesse, voulant pourvoir au bien édification, instruction et soulagement de nos sujets de ladite paroisse de Taden et en considération de ladite demoiselle de Grand Champs et de sa Communauté et pour seconder leur bon dessein et exercices de charité avons par le présent donné et donnons pour tenir l’écolle aux sœurs de la Communauté de Plérin qui seront établies à Taden la maison noble du petit bon Espoir avec ses appartenances en bâtimens située dans le bourg de Taden, avec un verger enclos de murailles, avec un vieux colombier non couvert et le droit de colombier et la somme de cent livres annuelle payable en deux termes égaux scavoir cinquante livres à Noël et cinquante livres à la Saint-Jan-Baptiste par le métayer du château de Taden à commencer à Noël prochain et a cet effet moy dit seigneur ay hipotéqué la métairie dudit château de Taden pour le payement de la dite rente annuelle de cent livres pour en jouir les dites sœurs de la Communauté de Plérin qui seront établies à Taden à condition d’y faire l’écolle et de plus moy dite dame comtesse de la Garaye sous l’authorité du dit seigneur comte de la Garaye mon mary et procureur de droit et de lui deument authorisée donne la somme de cent livres par an à ladite communauté qui sera établie à Taden, pour être employée à fournir des bouillons aux malades de ladite paroisse de Taden ou des remèdes ou du linge pour changer les malades selon que les sœurs le jugeront plus nécessaire et les besoins les plus pressants laquelle somme sera payée aux dites sœurs demeurantes à Taden par le métayer de la Cour Daval en deux termes égaux scavoir cinquante livres à Pasques et les autres cinquantes livres au jour Saint-Michel dernier et continuer ainsi à perpétuité aux conditions cy-dessus et à cet effet moy dite dame sous la dite authorité ay affecté et hipotéqué la terre de la Cour Daval située en la paroisse de la Fresnaye évesché de Dol au payement de ladite somme de Cent livres par chacun an à la charge aux dites sœurs de faire l’écolle gratis dans la dite maison du petit bon Espoir aux jeunes filles de la paroisse de Taden et du voisinage, leur apprendre à lire, à écrire, les prières, le cathéchisme, à coudre, à faire les bas et de visiter et soulager les malades de la dite paroisse selon leur pouvoir, de faire tous les jours dans leurs prières mémoire spéciale de Nous dits seigneur et dame de la Garaye et de nos parents et amis tant vivants que trépassez, d’entretenir ladite maison de ce qui pourra dans la suite être nécessaire à leurs propres frais, sans qu’elle puisse dans la suite vendre ny alliéner ou engager sous quelques prétextes que ce puisse être tant ladite maison que les dites rentes ny aucune partie ny aucune partie d’icelle et rendront compte des Cent livres léguées par moy dite dame de la Garaye aux supérieurs après notre decez de nous dits seigneur et dame de la Garaye qui nous réservons la revision du dit compte pendant notre vie et comme les filles de la maison de Taden sont sorties de celle de Plérin, elles pourront être changées par la Supérieure de Plérin lorsqu’elle le jugera nécessaire, l’agrément du seigneur evesque de Saint-Malo préalablement pris et obtenu. Est convenu entre parties que pendant qu’il plaira à Dieu de nous conserver, ces changements ne se feront que de notre consentement et agrément et en cas que par maladies ou autres accidents, il pleût à Dieu de permettre que la maison de Plérin vint à manquer de sujets pour fournir à Taden, nous ou nos successeurs seigneurs de la Garaye choisiront d’autres sœurs à leur deffaut, et faute aux dits seigneurs nos successeur d’en présenter aux conditions susdites après un an la paroisse pourra en présenter aux susdites conditions et seront cependant tous les meubles, hardes et linges et ustancilles de ladite maison conservés sans pouvoir être vendus, dissipez ni aliénez ; non plus par les maitresses qui seront établies aux deffault desdites sœurs de la Charité que par les sœurs auxquelles on n’en concède que l’usufruit. Tout quoy moy dite demoiselle de Grand Champs ay accepté en mon nom et aux noms de mes dites sœurs aux conditions susdites et me suis obligée moy et mes dites sœurs d’acquitter et remplir toutes les dites clauses et conditions suivant notre pouvoir pour correspondre à la piété, charité et bienveillance des dits seigneur et dame pour lesquels nous avons moy et mes sœurs une éternelle reconnoissance les reconnoissant pour nos père protecteurs et fondateurs et nous dits seigneur et dame de la Garaye avons élu le général de la paroisse de Taden pour continuer de mettre à exécution le présent acte après notre mort comme il l’aura été de notre vivant en cas que nos successeurs n’y pourvussent pas. Fait par triple à la Garaye ce quinzième novembre mil sept cent vingt neuf. (signatures) Claude-Toussaint Marot de la Garaye Marie-Marguerite Picquet de la Garaye Marie Allenou (Un acte notarié suivra le 15 mars 1733)

  

La guerre avec l’Angleterre remplissait Dinan de prisonniers. M. de la Garaye les visitait comme d’ailleurs les prisonniers de droit commun détenus dans les tours de la porte de l’Hôtellerie. Nous l’avons vu récompensé par la Reine Anne Stuart de son rôle auprès des captifs de la guerre de Succession d’Espagne. En 1744, le château de Dinan regorgeait encore de prisonniers faits en mer par la marine royale et les corsaires. Le noble comte de la Garaye s’employa comme précédemment à l’adoucissement de leur sort et parvint par ses soins à enrayer une épidémie qui s’était déclarée parmi eux d’où elle menaçait de gagner la ville. Pour procurer du travail et des moyens d’existence à des pauvres gens, il mit en culture des terres abandonnées, fournit du coton à des jeunes filles pauvres et paya des personnes pour leur apprendre à le filer et gagner ainsi leur vie. Une poterie qu’il voulut créer, fut cependant un échec, faute d’argile de bonne qualité. On lui doit aussi l’organisation de salines à Saint-Suliac. M. de la Garaye avait connu le Père Louis-Marie Grignion de Montfort venu le visiter à la Garaye dans les premiers temps de sa conversion. En 1751, il fera appel aux religieuses de la congrégation de la Sagesse fondée par le Père Grignion pour créer un nouvel établissement charitable à Dinan, afin de soulager les pauvres qui fourmillaient.

Le 3 janvier 1751, M. de la Garaye passait un contrat, dans ces vues, en son château, avec messire Jean-Nicolas Audubon, prêtre supérieur des missionnaires de Monsieur de Montfort et des Filles de la Sagesse : « Ledit seigneur et comte de la Garaye considérant les besoins pressants des pauvres malades de la ville de Dinan et désirant leur procurer les secours et soulagements nécessaires dans leurs maladies a établi et établit par les présentes à perpétuité trois filles de la Sagesse pour visiter les dits pauvres malades, les soigner, médicamenter, fournir du linge et des bouillons selon leurs besoins, visiter les prisonniers et exercer les autres œuvres de charité qui leur conviennent… ».

M. de la Garaye donnait d’une part 450 livres de rente pour l’entretien des sœurs et d’autre part 650 livres pour le fonctionnement de l’œuvre. Les trois sœurs furent logées dans une maison rue de la Boulangerie. Mgr de la Bastie, Evêque de Saint-Malo, apporta sa contribution à l’œuvre. Aux lendemains d’un voyage que M. Macquer, professeur de chimie, membre de l’Académie des Sciences, fit en 1752, pour étudier une nouvelle découverte de M. de la Garaye sur la dissolution des métaux, le roi lui accorda une gratification de 25 000 livres qu’il affecta à la fondation de la Sagesse. Partout où il y avait des maux à soulager, des larmes à essuyer, apparaissait cet homme charitable, secondé d’une épouse tout aussi admirable. Beaucoup de belles actions émanant de ces grands cœurs sont certainement restées secrètes et demeureront ignorées. Citons encore parmi leurs fondations pieuses : le 30 janvier 1746, une rente de 60 livres pour faire le catéchisme aux prisonniers; le 10 mars 1747, une rente de 40 livres pour prêcher une mission à Dinan tous les sept ans.


Cependant à l’hôpital de la Garaye, on obtenait des guérisons étonnantes avec les « sels essentiels de la nouvelle Chymie sans onguens ni emplâtres » d’après le sieur Le Bigot de Carvilli, maître chirurgien de la ville de Dinan et chirurgien-major de l’hôpital de Monsieur le comte de la Garaye. Dans son journal, ce chirurgien cite des malades souffrant d’ulcères, de gangrènes, de fistules, de phlegmons, guéris en quelques jours. On guérissait aussi le cancer à cet hôpital, mais le mot désignait alors autre chose que la redoutable tumeur devant laquelle la Science moderne piétine encore. Après avoir donné 45 années de sa vie et la plus grande partie de sa fortune aux pauvres, aux malades et à tous ceux qui souffrent, le comte de la Garaye s’éteignit en son château, le 2 juillet 1755, dans sa quatre-vingtième année. Nous trouvons ce billet dans les archives de l’hôpital de Dinan :

« Haut et puissant seigneur messire Claude-Toussaint Marot, chevalier seigneur comte de la Garaye, Commandeur et grand hospitalier des ordres royaux et militaires de Saint-Lazare du Mont-Carmel et de Jérusalem décédé le mercredy 2 juillet à 7 heures du soir 1755, enterré le vendredy au portail de Taden, dans le simmitier (lire cimetière) par M. de la Haye, prieur de Corseul. »

Les deux-tiers du mobilier de l’hôpital de la Garaye furent donnés à l’hôpital de Dinan. Le dernier tiers, destiné à celui des incurables, fut conservé par Madame de la Garaye jusqu’à sa mort, car elle voulait garder quelques malades à soigner. Elle rejoignit son mari le 20 juin 1757.



Sources : Mathurin-Eugène MONIER : Châteaux, manoirs et paysages ou Quinze

promenades autour de Dinan (1977) pages 35/46.

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