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Chevalier de Saint-Lazare de Jérusalem

Chaque capitale, ville, village possède un personnage emblématique, témoin de leur passé historique, ainsi, nous connaissons Paris avec Sainte-Geneviève, Orléans avec Jeanne d’Arc, la ville de Marseille, quant à elle, a pour héros, le Chevalier Roze, surtout connu pour son héroïque intervention au cours de la terrible peste de 1720 qui s’abattit sur la ville. Quel était donc ce personnage, bien connu des marseillais, certes, mais peut-être moins par d’autres ?


La famille Roze est originaire de Solliès, dans la Var, elle apparut dans les registres paroissiaux du village dès 1591. Les Roze sont qualifiés de « mainagers », autrement dit, de cultivateurs.


Cette famille, laborieuse, prolifique grâce à son travail, arrivera à jouir d’une certaine aisance. Ainsi, l’un d’entre eux, Antoine Roze, va quitter le berceau familial pour venir s’établir hôtelier à Marseille, dans les années 1580. Son fils, Thomas, né donc à Marseille, va très vite se sentir attiré par les métiers de la mer. D’abord marin, il sera par la suite, courtier, patron de barque. Son fils, Firmin (1635-1701), sera marin comme son père, devenu habile charpentier de marine, grâce à une heureuse association avec les Sieurs Charles de Pourrières et Bernard Pecoud, il sera constructeur de galères. Son chantier se trouvait à proximité de l’ancienne criée aux poissons, devenue l’actuel théâtre municipal. La rue du Petit Chantier perpétue le souvenir de l’emplacement de ce chantier, connu à l’époque sous le nom de « l’Isle de Roze ».


Firmin épousa en 1659 Virginie Barthélemy. De cette union naquit six enfants dont trois survivront : Anne (1667 – 1733), Claude (1655 – 1740) et Nicolas (1675 – 1733). Les deux garçons, à 20 ans, ont déjà navigué entre Marseille, Gênes, Alicante et Barcelone. Le père, Firmin, remarquant les facilités maritimo-commerciales de ses deux fils, aurait bien voulu en faire des Consuls de France dans l’une des échelles ou comptoirs commerciaux, éparpillés dans le bassin méditerranéen. Pour l’instant, c’est Claude, le frère aîné, qui va créer un comptoir en Espagne, à Alicante.

ALICANTE


Installé, Claude Roze, pratique le nolis, c'est à dire l’affrètement, le courtage, l’armement de navire. Ses opérations commerciales sont prospères, aussi fait-il venir son frère, Nicolas, à ses côtés. Nous sommes en 1695. En cette fin de siècle, de nombreux événements politiques vont se produire.


Le Prince Charles, électeur de Bavière, comptant bien détrôner le roi Philippe V d’Espagne, petit fils de Louis XIV, lui déclara la guère. En 1702 la Catalogne est occupée, la province de Valence envahie, Alicante, le 26 juin 1706, est assiégée. Pour Nicolas Roze, attaquer le Roi d’Espagne, c’est offenser Louis XIV, son roi, cela ne se peut. Aussi, à ses propres frais, Roze lève deux compagnies, une d’infanterie, une autre de cavalerie, pour aller combattre les impériaux. Le siège va durer trois mois et six jours. Devant les forces de coalition, Alicante sera obligée de capituler.


Roze, dans cette affaire, a été blessé assez gravement par un éclat de grenade. Soigné et à peine rétabli, il s’échappera et pourra rejoindre Marseille. A son arrivée, il aura la joie d’apprendre que le roi de France, tenu au courant de ses exploits, l’avait nommé Chevalier dans l’Ordre de Saint-Lazare, accompagné d’une prime de dix mille livres.


Notre nouveau chevalier ne s’attarda pas longtemps dans la cité Phocéenne. Il retourne en Espagne se mettre aux ordres de Berwick, chef des troupes françaises. C’est ainsi que Roze participera à la bataille d’Almanza, au siège de Xative. Il entrera en relation avec l’évêque de Murcie pour tenter de délivrer Alicante, toujours occupée. Reconnu, il est fait prisonnier. Il sera par la suite libéré grâce à un échange de prisonniers. Ici, se termine l’aventure espagnole. Roze regagna la France et participera aux luttes religieuses se déroulant dans le Sud du Pays. Roze aurait, parait-il, rencontré lui-même Jean Cavalier, le chef protestant, ses services purement militaires, prennent fin ici, Roze regagne Marseille.


MARSEILLE


De retour à Marseille, la vie pour la famille Roze reprit son train train habituel. Pour Claude, l’aîné donc, il ne va pas tarder à se faire une place parmi les notables de la Cité. C’est d’abord un avantageux mariage avec Demoiselle Guillermy, avec laquelle il est d’ailleurs quelque peu cousin. Par une conduite prudente en affaires, il devient membre de la Chambre de Commerce dont il sera le trésorier. Pour Nicolas, la situation est bien différente. Cadet de la famille, il n’est pas bien riche, son mariage, en 1695, avec une boulangère, Claire Amiel, ne fut pas une réussite, mais plutôt une erreur de jeunesse, honnêtement réparée. Le couple aura cependant trois enfants, deux garçons qui disparaîtront assez vite, reste une fille, Virginie, née le 5 juin 1696 qui plus tard sera religieuse.


Nicolas n’avait probablement pas le même sens des affaires que son aîné, ses transactions immobilières ne sont guère fructueuses. Claude interviendra souvent pour redresser la situation financière de son cadet. Cette période marseillaise aura durée dix ans, quand enfin, l’horizon de notre Chevalier va s’éclaircir.


MODON EN MOREE

(Péloponnèse)


La Chambre de Commerce de Marseille avait pour rôle de veiller au bon fonctionnement des consulats éparpillés dans le bassin méditerranéen, entre autres, ces fameuses échelles ou comptoirs commerciaux, souvent de simples débarcadères construits sur pilotis, à proximité d’un port, permettant l’embarquement et le débarquement des marchandises. Un consulat était un poste lucratif et flatteur, donc recherché. Aussi la Chambre de Commerce, veillait-elle aux mouvements et affectations du personnel consulaire, le népotisme en était souvent la règle.


En 1716, un négociant marseillais, Joseph Maillet, grand connaisseur des questions commerciales du Levant, démontre aux édiles de Marseille tout l’intérêt qu’il y aurait d’établir un comptoir sur la côte Ouest du Péloponnèse, la Morée d’alors à Modon, l’antique Méthone, située à environ 7 Kms dans le Sud de Navarin. L’idée fut retenue, une nouvelle échelle était née, Joseph Maillet, l’instigateur du projet, en fut bientôt nommé consul. Dès le mois de juin, Joseph Maillet était en place. Connaissant bien Roze pour son esprit entreprenant, il l’appela bientôt prés de lui. Voici donc notre Chevalier devenu Vice-consul d’une échelle dans le Levant, son rêve. Très vite, Nicolas s’empressa de rejoindre son poste. Il avait enfin trouvé le débouché idéal pour employer son besoin d’activité. Les obligations d’un consulat étaient multiples : surveillance et entretien des installations portuaires, contrôle du commerce, en assurer la protection ; corsaires et pirates sont nombreux.


Le Consulat devait être à même de pouvoir faire face aux épidémies de peste, de choléra, ces maladies récurrentes du Levant, sans oublier le rachat des prisonniers croupissant dans les geôles musulmanes. Voilà bien des taches compatibles au devoir d’un Chevalier de Saint-Lazare.


Tout allait bien. Hélas Joseph Maillet décéda, victime des fièvres malignes. Nicolas Roze croyait qu’il allait logiquement remplacer son chef disparu, mais c’était oublier ce népotisme qui veillait toujours, c’est Pierre Maillet, le fils, qui remplace son père. Grosse déception pour Roze. Au début, la cohabitation s’effectua sans trop de heurts mais très vite, l’impétuosité du Chevalier et la placidité de Pierre Maillet allaient créer des turbulences dans le service. Les bureaux de la Marine à Paris, ceux de la Chambre de Commerce de Marseille furent bientôt assaillis par de nombreuses lettres de doléances des deux antagonistes, si bien qu’ils furent priés de regagner la France. Les autorités voulant demander quelques explications à Pierre Maillet sur sa comptabilité, au Chevalier Roze, d’éclaircir certains rachats de prisonniers qui tous n’avaient pas l’air d’être des sujets de sa majesté le Roi de France. Pierre et Nicolas embarquaient tous deux sur la barque « l’Hirondelle », Capitaine Segond, ils arrivèrent à Marseille le 20 mai 1720. Cinq jours plus tard le « Grand Saint Antoine », Capitaine Chataud, mouillait en rade de Marseille.


LA PESTE


Arrivant à Marseille, le Capitaine Chataud se doutait-il qu’il avait à son bord, une passagère clandestine ? La Peste. Cette peste qui connaissait déjà Marseille, elle y était venue en 1630 et 1649, laissant tout de même 8 000 morts derrière elle. Cette fois, elle en fera 50 000, soit sensiblement la moitié de la population marseillaise et de celle de son terroir. Le 20 juin 1720, soit près d’un mois après l’arrivée du « Grand Saint Antoine », mourrait dans un taudis de la rue Belle Table, Marie Dauplan, une miséreuse de 58 ans. Son décès passa, pour ainsi dire, inaperçu, pourtant elle était la première victime de la terrible contagion. Deux jours plus tard, deux nouveaux décès suspects, puis 3, 4, 5. Il n’y avait plus de doute, la peste était bien là. A la peur va bientôt suivre l’horreur. Au paroxysme de la contagion, la mortalité journalière atteindra le chiffre incroyable de plus de 1 000 décès durant le mois de septembre, avant de percevoir un léger relâchement de la maladie, qui, peu à peu, finira par disparaître. Pourtant en 1722, une légère recrudescence du mal se fit encore sentir, il faudra attendre 1724 pour que saute la dernière barrière sanitaire. La malédiction qui s’était abattue sur Marseille avait duré 4 ans.


Le Chevalier Roze, dès le début de la contagion, s’était mis à la disposition de ses concitoyens. Il fut établi Capitaine et Commissaire du quartier de Rive Neuve, avec pouvoir de former une ou deux compagnies d’un effectif de 30 hommes et d’en nommer les officiers. Fort de sa commission, à l’aide d’un personnel dûment choisi, Roze établit des barrières afin de compartimenter et pouvoir mieux surveiller l’espace de terrain qui lui a été confié. Il fera même dresser une potence pour refroidir les envies de rapine de certains sujets qui voudraient profiter des circonstances particulières du moment. Il convertit en hôpital, le vaste bâtiment de la Corderie, en entassant lits, matelas, couvertures, nourriture et médicaments.


Il fait creuser 5 grandes fosses destinées à recevoir les cadavres à venir. Si bien, tant de l’hôpital que du dehors dans les rues, il n’y parut pas un seul mort sur le pavé dans toute l’étendue de ce quartier durant tout le temps de la contagion. Le chevalier avait mis en pratique son expérience acquise durant son séjour en Morée.


Au moment du paroxysme de la contagion, avec 1 000 morts par jour, il est évident que la ville ne tarda pas de se couvrir de cadavres. Il y en avait partout, dans les maisons, dans les rues, tous les lieux publics, hôpitaux, hôtel de ville, églises, les eaux du port n’étaient qu’un immonde tapis de restes humains, d’animaux, d’où exhalait une épouvantable odeur. Se débarrasser de tous ces cadavres était devenu une nécessité majeure, les autorités municipales organisèrent des convois de tombereaux qui transportèrent tous ces corps dans des fosses creusées à l’extérieur des murailles ceinturant la ville, mais avec bien des difficultés car les rues étroites se prêtaient mal aux manœuvres des lourds véhicules, grinçant sous le poids de leur charge. La nuit, à la lueur des torches, au milieu des psalmodies, des cris, des appels d’un peuple terrifié, c’était une véritable vision apocalyptique.


Peu à peu pourtant, le délaiement vint à bout du ramassage de tous ces corps abandonnés.


Cependant, il y avait un endroit que l’on n’avait pas touché, personne n’osant y aller : c’était l’esplanade de la Tourette, espace qui est du côté mer, entre les maisons d’une part et le rempart qui surplombe l’eau, limité par le Fort Saint jean et l’église de la Major à ses extrémités. Là, se trouvent, étendus pêle-mêle, plus de 1 200 cadavres dont les plus récents sont là depuis plus de 3 semaines, nous sommes en été, au moment des plus fortes chaleurs. Un témoin nous précise que : « tous les sens sont saisis à l’approche de ce lieu où l’on sent du plus loin, les vapeurs contagieuses qui en exhalent. La nature frémit et les yeux les plus assurés ne peuvent soutenir un aspect aussi horrible et si hideux. Ces cadavres n’ont plus de forme humaine. Ce sont des monstres qui font horreur et l’on dirait que tous leurs membres remuent par le mouvement qu’y donnent les vers qui travaillent à les détacher. »


Il est urgent d’intervenir, notre témoins poursuit : « …mais des cadavres aussi pourris ne sauraient tenir dans les tombereaux, les entrailles mêmes, qui sont tous détachées couleraient et se répandraient et l’on parsèmerait la peste et le venin par toute la ville. Monsieur le Chevalier Roze, qui est un homme d’expédients et aussi industrieux qu’intrépide, va sur les lieux visiter les remparts. Il aperçoit deux anciens bastions attenant à la muraille, leurs voûtes de plein pied avec l’esplanade, une fois défoncées, laissent apparaître deux grands vides depuis le haut jusqu’au pied des bastions. Après accord des autorités municipales, Roze crève les voûtes des deux bastions, aidé de 50 forçats, d’une compagnie de soldats des galères, l’horrible déblaiement peut commencer. C’est d’abord un recul de répulsion devant le spectacle de tous ces corps en putréfaction.


Roze fait distribuer du vin à tout le monde et en boit lui-même dans son chapeau. Après avoir exhorté sa troupe, tout le monde la tête bandée d’une serviette vinaigrée, Roze descend de cheval (sa belle jument blanche,) s’empare de la première jambe qui se présente, son allant donne le signal du grand assaut sauvage. Rien n’est plus capable de les ébranler dans la chaleur de l’action, tantôt saisissant un tronc pourri dont les bras et les jambes sont détachés, tantôt ils ramassent des entrailles répandues qui fourmillent de vers, marchant sur des corps dans lesquels le pied s’enfonce comme dans de la boue… ».


Arrêtons ici cet affreux témoignage. En une demi-heure, grâce au courage et à la rapidité de tous, l’esplanade de la Tourette était nettoyée, nette de tous cadavres. Ces pauvres restes humains, à l’aide de longues pinces et d’énormes râteaux avaient été tirés, poussés, jetés dans les excavations béantes des deux bastions, tout de suite comblés de chaux vive et de terre jusqu’au niveau de l’esplanade.


Cette terrible journée du 16 septembre 1720, aura causé le mort de presque tous ceux qui avaient participé à cette opération. Sur les 1 200 personnes employées, il n’y eut que trois survivants, Roze était du nombre, mais quand même atteint par la contagion. Le lendemain, il s’alitait, une issue fatale semblait évidente. Soigné, veillé par sa nièce, la fille de son frère Claude, Roze recouvrera la santé. La petite infirmière familiale, elle, succombera au mal, victime de son dévouement.


APRES LA CONTAGION


La grande peur passée, après la disparition assurée de l’épidémie, l’heure du bilan était arrivée. Les registres paroissiaux, sanitaires, militaires et autres permettant de faire une évaluation valable, on l’estima à 50 000 morts, soit 40 000 pour la cité et 10 000 pour le terroir. Pour la ville seule, s’était sensiblement la moitié de la population qui avait disparu.


Le moment des « pourquoi » et des « comment » était arrivé. La responsabilité de chacun allait être examinée, contestée. Pour ceux qui aimeraient avoir la réponse à ces questions, ils pourront consulter avec bonheur les ouvrages suivants :


Pour la peste : Marseille Ville Morte, de H. Carrière, M. Condarié, F. Rebuffat, Maurice Garçon Editeur.


La Mort est Venue de la Mer, de Patrick Mouton aux Edition du Pon Duick. L’auteur ayant effectué de nombreuses plongées sur l’épave du « Grand Saint Antoine ».


Nicolas Roze (1675 – 1733), Thèse de L. Robert Potet, lui même Chevalier de Saint-Lazare de Jérusalem.


Roze, convalescent ne participa pas, durant quelques temps, aux activités municipales, est-ce la raison pour laquelle il fut oublié, et ne fut donc pas récompensé à la hauteur de son mérite ?


Cette célébrité ne fut donc pas immédiate, elle fait penser à ces objets de cuivre que le temps a oxydé, noirci et qui une fois décapés, astiqués, lustrés, brillent de tous leurs feux. Les éclats de la célébrité du Chevalier Roze ne sont jamais ternis quant à eux. De nos jours, on en trouve de nombreuses marques par des tableaux, plaques, colonnes, statues. Un très beau buste du chevalier, création de Mademoiselle Jeanne Hugues, peut être admiré place Fontaine Rouvières, à proximité du Fort Saint-Jean. La statue, grandeur nature en pied sur l’une des façades de la majestueuse Préfecture des Bouches du Rhône, est bien la preuve de l’éternelle reconnaissance des marseillais pour Nicolas Roze. Augustin Fabre, grand historien de la cité phocéenne, écrivait ans les années 1860 :

« Qui n’a pas admiré la figure, le rôle du Chevalier Roze dans ce drame lamentable ? Ils sont bien grands et bien dignes d’éloges, l’Evêque et les échevins de Marseille.

Mais il faut bien dire, leurs positions leur imposaient des obligations périlleuses et la religion du devoir les poussait dans les voies du sacrifice, rien n’obligeait le Chevalier Roze, libre de toutes fonctions publiques, il pouvait ne penser qu’à sa sûreté personnelle sans encourir aucun blâme et il paya une dette qu’il ne devait pas rigoureusement. Il ne s’épargna pas et son abnégation fut sublime. Il affronta en volontaire la mort sous toutes ses formes les plus hideuses et fit de l’héroïsme en amateur : gloire à son nom. Honneur éternel à sa mémoire. »


La peste disparue, il restait une dizaine d’années à vivre à Nicolas. Son remariage avec Mademoiselle Magdeleine Rose Labasset est le fait le plus marquant de cette période.


Roze avait 47 ans, Magdeleine 17 ans. Le couple possédait des biens immobiliers, tant à la campagne qu’à la ville, c’est dans un immeuble rue Poids de la Farine, qu’il résidait, à deux pas de la Canebière et là, Nicolas Roze s’éteignit le 2 septembre 1733.


Le chevalier fut enseveli dans les caveaux de l’église Saint-Martin, toute proche. En 1882, cet édifice religieux fut démoli pour permettre le percement de la rue Colbert, les ossements des caveaux furent transportés au Cimetière Saint-Pierre.


Monsieur L. Robert Potet écrivait en terminant sa thèse : « … Nicolas Roze a bien mérité de sa ville, de son Roi et de l’humanité » et de Saint-Lazare.


Cette citation convient parfaitement pour clore cette rapide biographie de Nicolas Roze, le chevalier au grand cœur.


Chevalier Robert JUTEAU


NB : les archives réservent parfois bien des surprises. Ainsi, durant le blocus sanitaire de Marseille, pour cause de peste, un curieux personnage eut une conduite particulièrement courageuse. Il s’agit de Sieur François Poisson, fourrier de S.A.R. le Duc d’Orléans, celui-là même qui deviendra le père d’une charmante petite Jeanne Antoinette, notre future marquise de Pompadour.

  

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