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Blason de François-Michel Le Tellier,

marquis de Louvois

Dans la vie relativement brève du seigneur de Chaville, devenu marquis de Louvois, il y a un paradoxe, qui n'est qu'apparent, lorsqu'on se replonge dans les couches dirigeantes françaises du XVIIe siècle : il est issu de la robe, et pourtant il a consacré l'essentiel de sa carrière, voire de son temps, à la gestion de la guerre, comme beaucoup de ses contemporains, à un échelon inférieur, d'où le titre de la communication. Pour cette raison, l'historiographie traditionnelle a peut-être trop opposé la noblesse de robe et la noblesse d'épée. Malgré la morgue et les préjugés sociaux, les valeurs militaires sont les mêmes pour les deux strates. Les juristes ne dédaignent pas pour leur lignage, voire pour eux-mêmes, les idéaux et les honneurs militaires.


Dans la dernière décennie, le secteur le plus dynamique de l'historiographie française est l'histoire militaire, terrestre ou maritime. Dans l'ordre chronologique des biographies, nous trouvons Les ingénieurs du Roi d'Anne Blanchard, le Colbert de Jean Meyer et le Turenne de Jean Bérenger. Mais ces personnages sont assez bien vus par l'historiographie. Il faut mettre à part, quoique de la même veine, le Louvois d'André Corvisier, paru en 1983, qui réhabilite, avec science et ferveur, un grand ministre, victime des critiques de ses contemporains, et dénigré par des historiens hostiles, systématiquement, à l'Ancien Régime et à l'histoire militaire qu'ils confondent avec l'histoire-bataille, qui n'en est qu'un élément, certes essentiel. Avant d'entreprendre cet éloge de Louvois, nous voulons redire notre dette à ce Louvois et à son tuteur, dont nous avons eu l'honneur d'être l'assistant en Sorbonne. Récemment une synthèse des travaux d'André Corvisier et de son équipe a été réalisée dans différents articles du Dictionnaire du Grand Siècle, dirigé par François Bluche.


Comme réflexion liminaire, il nous a pari bon d'esquisser les grands traits de l'armée française au XVIIe siècle et, par conséquent, les grands défis que ses chefs, militaires ou civils, ont eu à affronter.


Le premier phénomène qui se présente est la massification des troupes. L'entrée de la France dans la guerre de Trente Ans a signifié pour le gouvernement de Richelieu le recrutement, la gestion et la manœuvre de plus de 200 000 hommes. Au temps de la ligue d'Augsbourg on arrive, peu ou prou, au demi-million en incluant les forces terrestres, les flottes, les milices et les services annexes. Il en découle pour le pouvoir la nécessité de mettre en HES 1996 (15e année, n° 1) 50 Histoire Économie et Société œuvre une logistique qui doit tenir compte d'une économie à l'élasticité réduite, même si la France est la plus riche nation agricole de l'Europe. Il en découle aussi l'obligation d'étendre l'éventail de la hiérarchie et de codifier l'organigramme du commandement.


Un deuxième aspect, plus flou, si l'on regarde du côté français, plus net si l'on se place du côté Habsbourg, est le changement de conception dans la défense du royaume. Au XVIe siècle encore, celle-ci est fondée sur la résistance des noyaux fortifiés aux mains des féodaux qui se disséminent à travers le pays ; autrement dit, il s'agit d'une défense en surface. À cet égard, les guerres de religion sont éclairantes. À partir du moment où la monarchie veut mettre au pas sa noblesse, elle provoque le démembrement des forteresses intérieures, mouvement qui s'accélère dans la première moitié du XVIIème siècle et qui trouvera sa conclusion après la Fronde. En même temps, le « chemin espagnol » comme l'a baptisé Sully sur une carte, unit le Milanais aux Flandres. Devant ce péril pour les marches orientales du royaume, les souverains auront à cœur de repousser de plus en plus à l'est cette rocade menaçante et parfaitement jalonnée. Ainsi naît une conception linéaire de la frontière qui se précise au traité de Vervins : blocage des passages du Bugey jusqu'à la formulation du « pré carré » en 1673. Mais cette frontière, ténue et fragile, nécessite une surveillance constante et l'aménagement de points fortifiés pour défendre les passages stratégiques, origine de la ceinture de fer de Vauban.  Ces fortifications périphériques furent créées et entretenues par des professionnels, les ingénieurs du roi, spécialistes du génie et de l'artillerie, et plus timidement par des artilleurs militarisés. La conception de la linéarité de la frontière a engendré l'essor des armes savantes.


Après avoir planté le décor, il nous faut revenir aux hommes, et singulièrement au père de Louvois et à sa famille.

L'exemple paternel


Nous devons nous arrêter brièvement sur le milieu familial du futur ministre de la guerre. Dans ses ancêtres, on trouve un marchand bourgeois, des officiers au Châtelet, un maître de la Chambre des comptes, un conseiller à la Cour des aides. Il a donc ses racines dans la marchandise et les finances, secteurs dynamiques de la société d'Ancien Régime que les historiens commencent à redécouvrir. Son père, Michel IV Le Tellier (né en 1603 et mort en 1685), est conseiller au Grand Conseil en 1624, maître des Requêtes de l'Hôtel en 1638, intendant de l'armée d'Italie en 1640, secrétaire d'État de la guerre en 1643, ministre d'État puis chancelier de France en 1677. François Michel, né à Paris le 13 janvier 1641 est son troisième fils. Il fait des études rapides au collège de Clermont et soutient ses thèses en philosophie en 1657. Mais son père complète son éducation en droit et dans les langues étrangères à l'aide de précepteurs. Il va surtout le former sur le tas aux affaires de l'État, plus spécialement celles de la guerre.

François Michel Le Tellier de Louvois

Très tôt et grâce à son père, le seigneur de Chaville, futur marquis de Louvois, a été à l'école du pouvoir. Ce ne fut pas sans problème, car le jeune homme avait du goût pour les plaisirs, selon la formule de l'époque, et Louis XIV aussi ! Après les sommations de son père, il rentre dans le rang en 1660 et, en 1661, il épouse Anne de Souvré, dont il aura six enfants. Le 14 décembre 1655, il obtient en survivance la charge de secrétaire d'État de son père ; le 6 juin 1658, il devient fugitivement conseiller au parlement de Metz et, le 6 juillet de la même année, il reçoit les provisions de sa charge de secrétaire d'Etat, qu'il est autorisé à exercer en l'absence de son père, le 24 février 1661.

Anne de Souvré, épouse de Louvois

Jusqu'en 1664, comme l’а démontré Louis André, il apprend auprès de Michel Le Tellier son métier et exécute ses ordres. Mais cela lui permet d'être au courant de l'outil militaire et de comprendre l'œuvre de réorganisation de l'armée commencée par Michel Le Tellier depuis son intendance d'Italie en 1640, œuvre dont il n'est pas inutile de schématiser les grandes lignes.


Les réformes de Le Tellier sont surtout celles d'un gestionnaire. Si le recrutement se fait toujours à partir des commissions données aux titulaires des deux grades vénaux de l'armée française, les colonels et les capitaines, la perception de la solde, source d'indiscipline, voire de mutinerie, quand elle est irrégulière, va être améliorée. L'« argent du roi » sera de plus en plus contrôlé par les différents agents du pouvoir royal. Au premier rang se situent les intendants militaires, à partir desquels Michel Le Tellier va se constituer une véritable clientèle. Ils ne sont pas toujours en bons termes avec les chefs d'armée, mais peu à peu un modus vivendi va s'établir. Sous leurs ordres, agissent les commissaires de l'ordinaire des guerres pour la Maison du roi et les commissaires de l'extraordinaire pour les troupes réglées, aidés par des contrôleurs, des commissaires provinciaux et des commissaires d'étapes. Sous Le Tellier, un formidable effort fut entrepris, parfois en vain, pour améliorer la gestion des armées. Notamment l'appareil administratif va se montrer plus exigeant sur les montres pour diminuer le nombre et le rôle des passe-volants. Mais cette remise en ordre suppose une hiérarchie plus stricte et plus souple. Le major et le lieutenant-colonel, grades non vénaux, s'intercalent entre le colonel et le capitaine.


Enfin, depuis l'ordonnance de 1626, le secrétariat d'État de la guerre a acquis sa spécificité. Devant l'ampleur des tâches, Le Tellier développe les bureaux spécialisés ; il y en a cinq dans les années soixante qui, sous les ordres de commis, s'intéressent plus particulièrement à telle ou telle branche d'activité : commandement, effectifs, opérations, logistique, etc.


Évidemment, les militaires ont mal supporté cette tutelle administrative envahissante, mais elle était nécessaire pour donner toutes son efficacité à l'armée royale. Et Louis XIV a encouragé cette montée des robins pour contrôler les hommes de guerre. Après cet apprentissage, Louvois va peu à peu amplifier son rôle.

Louvois, ministre de la guerre


II n'exerça pas subitement ce ministériat, mais il acquit progressivement son autonomie, surtout après 1677, lorsque Michel Le Tellier devint chancelier, tout en continuant de recourir aux conseils paternels.


Rappelons brièvement les étapes de cette ascension.


Elle commence aux alentours de 1664, époque à laquelle, comme l'a démontré André Corvisier, le marquis de Louvois n'assume plus seulement les responsabilités d'un simple exécutant, mais participe à l'élaboration des décisions. En 1668, il devient surintendant général des postes : charge civile et militaire à la fois, nous y reviendrons. En janvier 1671, il est nommé chancelier de l'ordre du Saint-Esprit. Et pendant que s'élabore la fondation des Invalides il assure l'intérim de Pomponne aux affaires étrangères entre les mois de septembre et décembre de la même année.


En 1672, il entre au Conseil et devient donc ministre d'État ; il est également nommé grand vicaire de l'ordre de Saint-Lazare. Après la crise qui l'oppose à Turenne et à Condé en 1673, sous les ordres du roi, il mène la guerre de Hollande, puis la politique des « réunions » en Lorraine et en Alsace, et il prépare l'armée française à lutter contre la ligue d'Augsbourg. Entre-temps, en 1683, il est chargé de la surintendance des bâtiments, arts et manufactures.  Depuis la mort de son père en 1685, il est le chef naturel du clan Le Tellier. En 1690, il accumule encore la charge des haras et des fortifications côtières. Après la prise de Mons, il meurt presque subitement d'épuisement à la tâche, quelles que soient les causes de la maladie.


Nous devons nous arrêter sur l'homme quelques instants. Ses portraits laissent deviner un personnage secret avec un menton volontaire. Il aime la chasse, la bonne chère, mais par-dessus tout le travail au service de l'État. André Corvisier, en utilisant les archives de la guerre et les mémoires de Saint-Simon, a dressé un portrait nuancé de cet homme de caractère, colérique mais de façon rentrée, sauf dans sa correspondance. Il a beaucoup écrit, mais surtout des dépêches, des minutes. Mais son écriture mériterait une analyse graphologique poussée et jusqu'à ce jour non réalisée à notre connaissance, car son aspect formel ne laisse pas indifférent. Elle est difficile à déchiffrer par sa cursivité ; elle révèle sans doute une pensée rapide, mais non exempte d'inquiétudes et d'hésitations si l'on en croit les ratures, mais l'orientation vers la droite indique un esprit de décision et de fermeté, avec une arrogance contenue. Sous toutes réserves, nous livrons cette analyse obtenue grâce à une spécialiste.

Louvois va continuer en accord avec son père, les réformes entreprises par celui-ci


II poursuit avec l'aide des intendants militaires l'amélioration de la gestion de l'armée, dont les effectifs s'amplifient après la réforme consécutive à la paix des Pyrénées. Lorsqu'il meurt, le royaume de France peut compter au moins sur 350 000 soldats réels, et même plus car, pour assurer des réserves aux troupes réglées et pallier les méfaits d'une désertion toujours présente, il crée la milice de garnison en 1688.


Une des grandes innovations de Louvois a consisté à mettre en place une administration militaire à côté de l'administration civile avec la création en 1667 et 1668 des fonctions d'inspecteurs généraux de l'infanterie et de la cavalerie, exercées par des colonels pour s'occuper plus spécialement des montres, devenues plus rigoureuses par l'extension à partir des gardes françaises du système des registres de contrôle des troupes. Fin 1666, une ordonnance crée les masses d'entretien des troupes au niveau régimentaire.


Pour accroître la discipline dans l'armée, grand souci du père et du fils, une ordonnance (fin 1666) réglemente la justice militaire.


L'action de Louvois va s'orienter sur la hiérarchie militaire dans trois domaines. En novembre 1666, il réorganise certains corps de la Maison du roi, qui est désignée - fait significatif - comme maison militaire en 1671. La vénalité des charges est supprimée dans les gardes du corps sauf pour les capitaines (1664) et dans la gendarmerie de la garde (1672). En 1666, il dote les quatre compagnies des gardes du corps d'un état-major pour mieux remplir leurs trois missions : garde rapprochée du roi, troupes d'élite au combat et pépinière d'officiers. En 1676, est constituée la compagnie des grenadiers à cheval.


Après des expériences commencées en 1657, le grade de brigadier devient permanent en 1667 pour la cavalerie et en 1668 pour l'infanterie. Cette fonction sera exercée par des colonels et aura une grande importance sur le plan tactique.


Enfin en 1675, après la mort de Turenne, il met en place l'ordre du tableau, fondé sur l'ancienneté pour les officiers généraux. Cette mesure n'a pas figé les carrières, comme les détracteurs de Louvois l'ont prétendu : André Corvisier insiste sur la promotion au généralat de quelques jeunes et brillants sujets.


De 1670, où se constitue le fonds, jusqu'à la fondation proprement dite de l'institution en 1674, se construit l'hôtel des Invalides. Ce vieux projet royal, qui date d'Henri IV et fut repris par Louis XIII, est enfin réalisé. Il réhabilite les anciens militaires en les honorant. C'est un des premiers exemples de la sécurité sociale d'État. Enfin il est la concrétisation du grand débat théologique sur la pauvreté : la liberté oisive ou la « réclusion » avec un travail rédempteur.


Pour remplacer les départs et assurer le renouvellement du corps des officiers, les compagnies de cadets sont créées en 1682 et compteront sous Louvois plus de 4 000 hommes.


Le ministériat de Louvois est inséparable de l'essor des armes savantes.  Après la mort de Seignelay en 1690, le ministre reçoit la surintendance des fortifications. Il en profite pour unifier le corps des ingénieurs issus de la marine et celui des ingénieurs issus de la guerre. Peu à peu ils se sont militarisés avec des grades d'officiers réformés. Ce phénomène sera illustré par l'accès de Vauban au grade de brigadier en 1677 et à celui de lieutenant-général en 1688. Malgré des rapports difficiles, Vauban et son ministre s'estimaient et le premier apprit au second, sur la demande de celui-ci, l'art de la fortification. Donc il y a eu développement et militarisation du corps des ingénieurs mais ils sont encore des officiers sans troupes.


L'artillerie se transforme aussi. Son matériel s'allège tout au long de la seconde moitié du XVIIe siècle et Louvois s'intéresse beaucoup à la « bombarderie ». On assiste aussi à la militarisation progressive du corps. En 1671 fut créé le régiment « expérimental » des fusiliers chargé de la garde des canons et de leur mise en œuvre, et en 1685 le régiment des bombardiers, qui recrutent leurs officiers dans l'infanterie, dont l'artillerie fait encore partie. Le régiment des fusiliers se transformera en Royal- Artillerie en 1693. Les officiers d'artillerie comme les ingénieurs ont accédé au généralat.


Sous le ministère de Louvois l'armement s'est aussi transformé. La baïonnette, apparue au milieu du siècle est améliorée par Vauban en 1674 : il la fixe au canon du fusil par des anneaux, ce qui permet le tir. En 1688, il fait adopter la baïonnette à douille. Le modèle du fusil à double platine imaginé par Vauban est accepté par Louvois en 1688, mais son extension fut entravée par la guerre. Enfin le sabre à l'autrichienne est introduit dans la cavalerie. Après toutes ces innovations, surtout nombreuses en 1666-1667 et 1685-1690, il nous faut voir et analyser Louvois au service de Mars.

La conduite de la guerre


Le marquis de Louvois a été très présent à la guerre, trop parfois au goût des généraux comme l'attestent les frictions avec Turenne et Condé et la crise du commandement en 1673. Il a joué sous les ordres du roi, il ne faut pas l'oublier, un rôle prépondérant dans la guerre de Dévolution, la guerre de Hollande et les débuts de la guerre de la Ligue d'Augsbourg. Il existe un style Louvois dans la conduite de la guerre dont nous allons tenter de résumer les principaux aspects.


Il se déplace fréquemment pour inspecter les troupes, les fortifications ou être présent sur le front à la veille d'une bataille. Mais, après une chute de cheval en 1679 qui le handicape, il voyage un jour sur dix de 1679 à 1684, et un sur dix-sept de 1684 à 1691. Avant 1679, la proportion est de un jour sur cinq.


À partir de 1673, à la suite de la fameuse lettre du 19 janvier adressée à Louis XIV par Vauban, il a mis en place avec ce dernier les fortifications qui devaient conduire au système du « pré carré ».


Louvois a accordé une grande place au renseignement et à l'espionnage, n'hésitant pas à empiéter sur les prérogatives du secrétariat aux affaires étrangères.


La France est absente du siège de Vienne en 1683, mais le ministre y a délégué des officiers pour le renseigner. Il utilise volontiers des correspondants de tout acabit et dans toute l'Europe, notamment en Hollande, et la surintendance des postes lui permet de surveiller le mouvement des personnes et des lettres.  Comme son maître Louis XIV, c'est un rassembleur de terres, et pour son compte privé et pour celui de l'État. Lui-même et ses collaborateurs utilisent toutes les astuces juridiques dans la politique dite des « réunions », qui a pour but d'annexer l'Alsace et une partie de la Lorraine.


Ensuite, Louvois est un homme qui sait manœuvrer stratégiquement en utilisant les ruses de guerre. Deux exemples sont restés célèbres : le siège de Gand en 1678 et celui de Mons en 1691.

Pour hâter les négociations de Nimègue, Louis XTV avait pensé à une opération éclair sur Gand. Le 7 février 1678, la Cour quitte Saint-Germain pour la Lorraine.  Le 10 février, Louvois la rejoint à Bar-Le-Duc. On ordonne aux troupes stationnées à Metz, Dinant et Maestricht d'approcher du Luxembourg lentement. On fait annoncer à Bruxelles les sièges de Luxembourg, Ypres, Mons, Namur. On déploie devant ces villes quelques escadrons. En fait, le gros des troupes de Flandre est concentré à Oudenarde le 28 février. Gand est investie le 1er mars, Louis XIV arrive le 4, le 9 la ville capitule, puis le 11 la citadelle.


Dernière ruse de Louvois : le siège de Mons en 1691. C'est à peu près le même scénario à plus grande échelle. Les Français entrent en Catalogne et dans le comté de Nice ; dans le plus grand secret, on prépare le siège de Mons qui tombe le 8 avril devant 80 bataillons et 240 escadrons.

Dernier trait de son style : la brutalité. La brutalité en diplomatie : l'affaire des franchises à Rome en novembre 1687. La brutalité dans la guerre - il ne fut pas le seul responsable, et il ne faut pas trop exagérer les faits - : la dévastation du Palatinat en 1689. Mais la boulimie d'activités de Louvois eut d'autres champs.

Les activités « civiles » de Louvois


Le mot « civiles » est entre guillemets car ces occupations ont eu souvent des rapports avec la guerre.


Depuis 1668, Louvois était surintendant général des postes. Cette charge lui a rapporté gros, mais il l'a accomplie avec efficacité. Nous avons vu que le contrôle de la circulation des personnes et des lettres était fondamental pour déjouer les menées des ennemis extérieurs et intérieurs. Une fois de plus, le surintendant va démontrer son talent pour l'administration. En 1672 le bail de la ferme, renouvelé en 1676, va assurer le service. Mais la surintendance garde la haute main pour conduire à l'unification des postes et des messageries. Le réseau est étendu à l'étranger. En 1670, les premières diligences régulières sont mises en service.


Louvois a joué un rôle important dans l'ordre intérieur. Comme secrétaire d'État, il a eu en charge les dépêches pendant un quartier ; il a aussi la responsabilité d'un certain nombre de provinces. Il réussira à regrouper dans son secteur géographique les provinces frontières et les pays récemment annexés.  Il va être l'agent d'une francisation faite avec nuances, surtout en Alsace. Il sera plus expéditif en Artois et en Franche-Comté. En tant que ministre de la guerre, il est responsable de la paix intérieure. Il va réprimer implacablement toute rébellion : fiscale, comme la révolte du « papier timbré » et des « bonnets rouges » en 1675 ; religieuse, comme le soulèvement des protestants en 1683 en Vivarais et Dauphine. Il est aussi l'homme des dragonnades et appliquera, dans le domaine de l'ordre public, la révocation de l'édit de Nantes. Il faut remarquer que cette application sera plus tolérante dans les troupes, d'autant plus que la coalition d'Augsbourg se précise.


Depuis 1683, il était surintendant des bâtiments, arts et manufactures. Sa présence dans ce domaine est moins marquante, mais il a tenu son rôle. Il fait projeter la place des Conquêtes, future place Vendôme. De 1685 à 1688, il fait exécuter des travaux d'amenée des eaux de l'Eure à Versailles en utilisant la troupe. Ce sera un échec. Il fera procéder à quelques aménagements au Trianon. Moins ouvert que son maître sur les arts, il fera la carrière de Mignard et sera l'ami d'Hardouin-Mansart.


L'homme foudroyé le 16 juillet 1691 est mort usé au service de l'État. Avec son père, il a forgé une armée moderne, relativement bien gérée, qui va servir de modèle à d'autres pays.


L'armée espagnole adoptera le modèle français pendant la guerre de Succession d'Espagne. Notamment, au début de ce conflit, Louis XIV s'était inquiété de l'absence de corps d'élite autour de Philippe V. En 1714, le tercio a fait place à une maison militaire et à des régiments à la française qui, paradoxalement, portaient le nom des grandes victoires du tercio.


Ultime réflexion. Lorsqu'on se retourne vers cette année 1691, comment ne pas avoir la nostalgie de ces heureux temps où la France avait à sa tête un véritable chef de l'État et des ministres de haute stature ? Louvois fut l'un des plus grands.



MAÎTRE DE CONFÉRENCES 

À L'UNIVERSITÉ DE PARIS IV-SORBONNE


Publié sur Persée

Jean-Paul Le Flem

Histoire, économie et société Année 1996 Volume 15 Numéro 1 pp. 49-56

Fait partie d'un numéro thématique : Louvois